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Réflexions...
La Chine, hors des sentiers battus
La Chine, vue depuis la France, inquiète, fascine, et cristallise les attentions et les superlatifs. Les uns voyant en elle un géant qui se lève, les autres un colosse aux pieds d'argile.
10/09/2007
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Pourtant, quand il s'agit d'y voyager, c'est la déception qui emporte celui se laisse prendre au jeu des premières apparences. Que reste t-il de cette Chine ancestrale ? Où est cette civilisation millénaire dont on a perçu les échos dans les péplum chinois, et que l'on attache vaguement à quelques mots aux sonorités étranges : taoïsme, bouddhisme, confucianisme.
Déception donc, parce qu'il ne faut pas se le cacher, un pays taillé pour les superlatifs mérite mieux que la langue de bois...
"Je klaxonne donc je suis"
D'abord, la Chine est bruyante et polluée. Cela se voit et se sent dès les premiers pas. Les 12 heures d'avion au bas mot pour rejoindre Pékin ou Shanghai depuis Paris n'ont rien d'une sinécure. On a attendu et place ses espoirs et surtout ses fantasmes. Les étendues urbaines interminablement bétonnées n'en finissent pas de croiser les autoroutes et autres 4 fois 4 voies. Les klaxonnes semblent bien bloqués ou même utilisés comme ça, juste pour dire que le chauffeur est la, qu'il existe : ''je klaxonne, donc je suis'' semble t-il nous hurler, sorte de philosophie du bruit en somme.
''Il reste encore les montagnes et la campagne!'' me direz vous.
Soyons clairs : cela se mérite de découvrir le calme et les grands espaces.
Le tourisme interne s'est développé d'une façon quasi exponentielle ces dernières années. Les Chinois vivent cette époque charnière où émerge une classe moyenne, parvenue à économiser un peu d'argent, et qui dispose d'un peu de temps pour visiter son propre pays. Les impatients, dont je fais partie, auront tôt fait de pester contre la masse chinoise, qui s'agglutine dans des bus climatisés, puis pose fièrement devant le caillou marqué de caractères chinois, preuve irréfutable de leur passage.
Faut il renoncer à la découverte de beaux paysages dans le calme? Faut il se résigner à la visite des temples sous une constellation de flashes photographiques? Non! non! Attendez un peu avant de vous en prendre à vous même, maudissant vos idées préconçues! On trouve encore cette Chine calme et bêtement belle !
Si vous avez une minute vous lirez ici mon modeste témoignage, en espérant qu'il vous servira. Ce n'est qu'après les heures de bus et de train qui finissent dans la surenchère touristique, et après le choc d'avoir vu des sites naturels presque entièrement dénaturés, comme à Juizhaigou (Sichuan), qu'on en vient à une certaine conclusion : il vaut mieux voyager hors des sentiers battus, en saisissant les opportunités, et ne pas suivre les guides touristiques. Non que ceux ci soient mal faits, c'est même le contraire : ils sont un piège, un attracteur pour des milliers de touristes. Brûler les guides donc ? Non mais plutôt les utiliser à contre-emploi ou seulement en cas de gros pépins.
Fuir la foule pour un peu plus d'authenticité
Les touristes chinois se suivent en file indienne, c'est-à-dire qu'ils se concentrent dans des espaces temps que l'on peut parfois contourner.
Par exemple, Hengshan est une des cinq montagnes sacrées de la Chine. Son sommet domine du haut de ses 1290 mètres une chaîne qui s étend au delà de l'horizon. Après avoir payé 110 yuans à l'entrée, une brochure offerte grâcieusement nous promet un temple admirable de la dynastie des Tang, Soit un haut lieu de la spiritualité chinoise.
En fait de dévotion, les oreilles sont prises d'assaut par une sono qui tousse des chansons pop et les fameux klaxonnes que l'on connaissait déjà. Il y a bien certains ''trucs'' pour profiter du même cadre, sans la foule. Déjà choisir un jour dans la semaine est une évidence, mieux, pour les Bretons, allez y sous le crachin ! Alors les montagnes retrouvent le charme qu'on voudrait croire ancestral.
Aller chez l'habitant pour voir quelque chose de réel
Une autre solution pour les plus dégourdis consiste à se promener autour du site sans y rentrer à proprement parler. Vous manquerez alors le sommet, mais le gain est inestimable. Prenez un bus local qui vous mène dans les montagnes, puis demandez une chambre chez l'habitant. Vous aurez alors tout le loisir de vous promener dans un cadre préservé où vous aurez enfin l'impression de percevoir quelque chose de réel.
Si vous ne parlez pas un mot de chinois sachez que l'on peut se débrouiller dans la plupart des situations, spécialement pour le négoce. S'il le faut, écrivez le prix sur un morceau de papier. Cette expérience est enrichissante, dépaysante et peu coûteuse : comptez 50 yuans par personne pour une nuit avec un dîner inclus. Alors vous verrez peut être au matin la fameuse mer de nuages blancs sur laquelle flotte la montagne, et qui hantait votre imagination depuis plusieurs années!
Vive les Hutongs !
Pékin est souvent une destination incontournable. Épicentre culturel du pays, les sites à visiter sont nombreux, à commencer par la Cité Interdite... qui porte aujourd'hui bien mal son nom. Si elle mérite assurément une visite, elle fatigue aussi beaucoup. Alors si vous voulez flâner dans des quartiers anciens, loin des péripheriques, n'hésitez pas : les Hutongs sont faits pour vous.
Il s'agit de la ville mongole construite il y a plus de 500 ans sous le règne de Kubilai Khan, le petit fils du terrible conquérant Gengis Khan. Vous y trouverez aisément des hôtels bon marché et le soir au clair de Lune, vous enchantera par son atmosphère détendue. Rien de tel alors que d'y déguster tranquillement les petites brochettes autour d une bière.
Pour ceux qui recherchent de véritables espaces sauvages, et qui frissonnent à l'idée d'apercevoir, au détour d'un col, flotter des drapeaux tibétains, un itinéraire secondaire est particulièrement attirant, car Lhassa est de plus en plus prise d'assaut.
C'est le Sichuan de l'ouest, qui possède un pied dans le monde tibétain. Il faut certes disposer d'un certain temps pour s'y rendre. D'abord rejoindre Kangding depuis Chengdu (environ 7 heures) puis prendre des mini bus jusqu'à Xingdu (environ 2 heures). Là-bas le véritable tibet commence même s'il n'en porte pas le nom.
Les auberges peu coûteuses (toujours autour de 50 yuans par personne) ne manquent pas. Il faudra faire des concessions sur l'eau chaude par exemple, mais à part ça, un voyage inoubliable vous attend. A vous le plaisir de crapahuter dans les grands espaces, et même, pour ceux qui ont le coeur accroché... vous pourrez assister aux funérailles rituelles tibétaines où le corps du défunt est méticuleusement découpé en morceaux puis jeté aux vautours...
Yann Carpentier
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