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Frédéric Jaudon, les déambulations d'un chaman urbain à Pékin
Récemment, nous avons rencontré l'artiste Frédéric Jaudon, de passage à Pékin. Petite présentation de l'homme, qui se qualifie de «chaman urbain», et nous a livré ses impressions sur la capitale de l'Empire du milieu.
09/05/2007


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Artiste parisien, Frédéric Jaudon était de passage à Pékin du 9 au 20 avril 2007. Dans ses bagages, il a apporté deux vélos originaux de sa création, lesquels n'ont pas manqué de susciter la curiosité et l'intérêt de la population locale. Nous avons eu la chance de pouvoir le rencontrer et de lui parler, en toute convivialité, autour d'une bière partagée dans un hutong du quartier Dongsishitiao...

Le 18 avril, un coup de fil rétentit à la rédaction de Toute la Chine. A l'appareil, Frédéric Jaudon, un artiste parisien de passage à Pékin pour prendre contact avec la population locale et présenter l'une de ses créations phares : le cyclebi, un vélo qui se veut révolutionnaire et l'ami de vos vertèbres.

Un rendez-vous est rapidement fixé au lendemain à la station de métro Dongsishitiao. Plutôt que d'aller nous installer à la terrasse d'un bar de Sanlitun, la rue préférée de beaucoup d'occidentaux basés à Pékin, nous décidons de pénétrer au hasard l'un des hutongs du quartier.

Nous nous installons à la terrasse d'un petit restaurant où nous commandons simplement plusieurs bières et commençons à parler du pourquoi de la venue de l'artiste à Pékin. «S'imprégner de la rue chinoise» et présenter le cyclebi sont les principales raisons.

L'homme se qualifie de chaman urbain, mais il est surtout quelqu'un d'ouvert et qui cherche un contact authentique avec la population locale, d'où sa préférence pour les hutongs plutôt que les grandes rues touristiques.

Rapidement, alors que nous discutons, le vélo de l'artiste attise la curiosité et l'intérêt des passants. Confiant, Frédéric Jaudon, qui ne parle pourtant pas chinois, commence à communiquer avec plusieurs personnes via le language universelle du corps. Le rapport est chaleureux et une jeune fille se permet même de tester le vélo sous l'oeil amusé des autres personnes autour.

Quand on lui demande le prix de son invention, ce qui est arrivé à de nombreuses reprises durant son séjour, notre chaman urbain répond «qu'il n'est pas à vendre, à moins d'adopter son inventeur avec le vélo...»

Vient alors notre tour d'essayer l'engin, et incontestablement, il en ressort une sensation de confort et de bien être au niveau du dos, maintenu dans une position naturelle grâce à la physionomie du bicycle. Le 20 avril, Frédéric Jaudon a repris l'avion pour Paris, en laissant cependant les deux vélos qu'il avait amené avec lui à Pékin. L'artiste a livré ses impressions de voyage, notamment consultables sur son site internet www.cyclebi.com.


Le message de Frédéric Jaudon

Bain de peuple
Plusieurs réponses constructives m'ont permis d'optimiser mon voyage éclair sans nuire à la qualité de mes rencontres. J'ai pu croiser un large spectre de belles personnalités allant d'artistes chinois à des experts commerciaux en passant par divers journalistes. La variété de leurs motivations et de leurs regards m'a permis d'approcher les complexités pékinoises.

A côté de ces rendez-vous improvisés, mon désir prioritaire de prendre un bain de peuple a été comblé au delà de mes espérances. Ces imprégnations, rieuses et chaleureuses, ont renforcé mes convictions citoyennes d'unité dans la diversité. Chaque nation comme chaque individu se doit de valoriser son identité pour inventer les nouveaux us et coutumes de la civilisation mondiale en construction. Le peuple chinois est encore aujourd'hui très imbibé de la sagesse de ses grands penseurs même si certains ne voit que sa docilité de main d'oeuvre bon marché.

La sagesse est dans le dosage. Au delà des voracités mercantiles de notre ruée vers l'or jaune, sachons capter et respecter les subtilités du vivre ensemble chinois même si le contexte est loin d'être idyllique. L'occident a beaucoup à apprendre de la Chine qu'elle se représente trop souvent comme une fourmilière où la base est uniforme et effacée. Une des plus grandes leçons que j'ai reçu du petit peuple, est sa capacité à exister d'une manière ou d'une autre, individuellement et collectivement.

Déambulation vélocipédique empathique
Tôt le matin, je cherchais un parc pour apprécier l'assiduité du plus humble dans sa pratique des arts de mises en valeur du corps et leur l'esprit. Chacun arrête le temps pour nourrir son entité et s'inscrire dans l'uni-vers. J'ai admiré aussi ceux qui s'adonnent à la calligraphie poétique et éphémère avec de gros pinceaux gorgés d'eau. Ces dépositaires de la culture font renaître de vieux caractères oubliés.

Tout au long de la journée je traversais la capitale de part en part et en tous sens. Je me suis souvent immiscé respectueusement au coeur des hutongs les plus pauvres. Mon vélo insolite m'a ouvert de nombreuses portes et de nombreux coeurs. La curiosité réciproque a provoqué une qualité d'échange et la barrière des langues a favorisé le para langage. Nous ne pouvions pas parler de Confucius ou de Lao-Tseu mais mettre en pratique leur sagesse. Ces moments simples de tentatives de communication intuitive m'ont touchés au plus profond de mon être.

Tard le soir, je déambulais encore au hasard pour trouver les espaces consacrés à la convivialité et aux divertissements. J'y ai croisé une vaste mosaïque d'individus, du solitaire en costume aux familles en pyjama. De l'expert au débutant, chacun danse, jongle, chante, joue de la musique ou s'attroupe pour regarder les autres avant de repartir un peu plus loin picorer une nouvelle curiosité.

Ce pouvait être des couples de valseurs ou un groupe d'octogénaires en costume régional à paillettes qui s'appliquent, munis d'éventails, à répéter une chorégraphie répétitive au son d'un transistor vacillant et grésillant. Ce pouvait être aussi des patineurs slalomeurs à roulettes, rois de la marche arrière et du dérapage contrôlé. Mon vélo ballon de foot provoquant lui aussi des attroupements, j'évitais de rester trop longtemps au même endroit pour ne pas trop perturber les convivialités.

Vélo Perso
Ce n'est pas par hasard si je suis venu m'imbiber de la rue chinoise avec un vélo original. Ce modeste moyen de locomotion n'a pas que la capacité de résoudre les problèmes matériels de circulation, de stationnement ou de pollution. Il est avant tout idéal pour créer du lien social et culturel dans les cités. Il donne de l'indépendance, de la liberté et même de la dignité quand on le personnalise. Sur ce dernier point, mes multiples expériences de customisation artistique ou atypique de vélos, m'ont montré que ces chevaux de fer métamorphosés donnaient beaucoup de fierté à leurs utilisateurs.

Je m'entête à persuader les citadins de singulariser leur montures pour affirmer leur identité. Plus le monde et ses valeurs ont tendance à se niveler, plus les individus ont besoin de se différencier pour exister. Le vélo rempli pleinement cette aspiration et s'avère en plus un remarquable outil citoyen, en particulier la jeunesse, pour apprendre et développer le respect de l'autre.

Des graines de culture
J'ai laissé mes deux vélos dans la capitale de l'Empire du Milieu. J'espère qu'ils rouleront beaucoup et procureront aux gens qui les montent les mêmes jubilations urbaines que je ressens. J'ai adoré me noyer dans le flot hétéroclite des triporteurs pour tricoter des trajectoires hallucinantes improvisées au dernier moment.

Je me sentais beaucoup plus en sécurité et en liberté que dans la circulation agressive parisienne. Il me faudra beaucoup de temps pour décanter et assimiler ce premier voyage initiatique. Des milliers de sourires croisés, du chiffonnier en quête de la moindre bouteille vide au rustineur de chambre à air en passant par les multiples petits métiers à trois roues. Tout n'est pas rose en cette année du cochon il y a aussi de nombreuses grosses voitures noires aux vitres copieusement fumées pour masquer les nouveaux riches.

J'ai quand même semé quelques graines pour d'éventuels projets d'événementiels autour du vélo et pour une fabrication locale. Je reste ouvert à tous projets de partenariat autour de mes diverses activités. Je remercie encore toutes les personnes qui m'ont accueilli et indiqué les bons chemins. Merci à la Chine pour ses leçons particulières de dignité et de jovialité.


Un grand merci à Frédéric Jaudon pour son témoignage. Pour en savoir plus sur cet artiste, rendez-vous sur le site cyclebi.com.

Nicolas Jucha

   




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