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Entretien avec Pierre Picquart, spécialiste du monde chinois (interview exclusive)
Cette semaine, Toute la Chine vous propose une rencontre avec monsieur Pierre Picquart, docteur en Géopolitique, spécialiste de la Chine et de sa diaspora. Pour vous, il parle de ses activités et livre son analyse sur plusieurs sujets d'actualité.
25/04/2007
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Le docteur Pierre Picquart
crédits : www.chinoisdefrance.com
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Président du CEDRIC, centre de recherche, d'études, et de communication sur la Chine, docteur en Géopolitique et Sciences Humaines, Pierre Picquart est un grand expert de la Chine et de l'immigration chinoise. Il effectue régulièrement des interventions pour différents médias (chaînes de télévision, agence de presse, radios, quotidiens et revues) afin de parler de la Chine sous ses différents angles. Il était notamment revenu, en janvier 2007 pour le compte d'Europe 1, sur le voyage de Ségolène Royal en Chine, et en décembre 2006, avait été l'invité du 20h de TF1 pour parler de la prostitution chinoise à Paris.
Toute la Chine : Bonjour Monsieur Picquart, pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de Toute la Chine ?
Pierre Picquart : Bonjour, je suis docteur en Géopolitique et Sciences Humaines à l'Université de Paris VIII. Mon sujet de thèse était la Diaspora chinoise en France et dans le monde. Mon intérêt pour l'Empire du milieu existait déjà avant de rédiger ce travail, par la suite j'ai étudié plus en détails la Chine contemporaine.
En 2004, j'ai publié mon premier ouvrage, «l'Empire Chinois», lequel a été plusieurs fois réédité. Il s'agit d'une synthèse sur la Chine et sa diaspora dans le monde. J'ai également participé à des travaux pour la Commission européenne (immigration chinoise en Europe et en France, les touristes chinois et leur impact...), pour des ministères français (mode de vie et intégration des immigrés chinois...). Je réalise des expertises pour des organismes d'état ou des organismes européens, et aussi des entreprises privées. J'ai également, via des articles publiés, participé à de nombreux ouvrages collectifs.
Mes domaines de compétences sont l'immigration chinoise, l'intégration des immigrés chinois, mais aussi la géopolitique, la culture, l'économie, l'histoire ou encore la sociologie chinoise. Pour moi, il faut comprendre tous ses aspects et angles pour avoir une vision objective et réaliste d'un pays. Il faut se doter d'une vue d'ensemble.
TLC : Pouvez-vous nous parler du CEDRIC dont vous êtes président ?
P.P : Le CEDRIC est un outil associatif et légal né de la volonté de fédérer mes travaux. Il est concrètement une structure de recherche et de communication sur la Chine et le monde chinois. A travers lui sont organisés des colloques et missions spéciales. Cette structure dépend en particulier de ma compétence mais est en lien avec des journalistes et experts du monde entier. Il existe depuis 2001, et ses effectifs évoluent au rythme de ses activités. En clair, nous activons nos réseaux d'experts quand une étude particulière nous est demandée. Nous communiquons nos informations aux médias, entreprises, institutions politiques, universités, étudiants, et aussi parfois au grand public. A titre de repère sur la quantité de nos travaux, cinq études nous ont été demandées en 2006.
TLC : Vous êtes à ce jour reconnu comme expert de la Chine, à quand remonte votre premier contact avec ce pays ?
P.P : Je m'intéresse à ce pays depuis la fin des années 1980. Mon premier séjour sur place date de 2000, et j'ai ensuite participé à plusieurs voyages officiels. Je pressentais que la Chine était un enjeu important et évoluait pour assumer un rôle important à l'échelle mondiale. Encore aujourd'hui, la Chine est, selon moi, partie pour devenir le numéro 1 économique et politique dans le monde. Mon premier voyage a été un moyen de découvrir ce pays concrètement. Ce qui m'a le plus frappé lors de ce premier séjour, c'est le décalage entre l'image qu'en faisait les médias à l'époque et la réalité sur le terrain. On décrivait souvent la chine comme 10 ans en retard sur ce qu'elle était vraiment.
TLC : Vous avez écrit un livre, «L'empire chinois», de quoi parle t-il ?
P.P : Ce livre relate la trajectoire des migrants chinois depuis 2000 ans. Il propose un parcours mondial, historique, économique et géopolitique. Il traite des particularités du monde chinois et de sa répartition sur les cinq continents. Il évoque aussi l'avenir de la Chine, des particularités du monde chinois en comparaison aux pays occidentaux, dont il est très éloigné. Sont traités également les religions populaires, le bouddhisme, le taoïsme, le confucianisme, la culture du collectif, les socles de la société ou encore l'importance de «ne pas perdre la face» dans la société chinoise ainsi que l'arrivée des Européens. J'y parle également de la Chine actuelle, des rapports entre Pékin et Taïwan, Pékin et le Tibet. Cette ouvrage est une synthèse sur la Chine.
TLC : Que vous inspire les mésaventures de Danone ou encore Schneider Electric dans l'Empire du milieu ?
P.P : On voit l'impact des différences culturelles à travers ces épisodes. Entre deux personnes, ces différences ne posent pas forcément de gros problèmes, mais sur le plan des entreprises et du business si... Il ne faut pas oublier qu'il y a encore peu, la Chine n'était pas une économie de marché. De plus, dans les affaires, on ne fonctionne pas pareil en Chine qu'en Europe ou aux Etats-Unis. On constate beaucoup d'incompréhensions entre les sociétés chinoises et leurs partenaires occidentaux. Beaucoup d'entreprises ont voulu s'implanter trop vite en Chine. Mais les Chinois sont complexes, avec eux il faut développer des relations spéciales, presque amicales pour pouvoir réussir en affaires. Un autre problème vient de la non clarté des contrats et des différences d'interprétations de ceux-ci, ainsi que de la méconnaissance des régles prévalant dans chaque pays.
TLC : La Chine a du mal à contrôler sa croissance et flirte avec la surchauffe. Quels sont les enjeux pour Pékin d'arriver ou d'échouer à maîtriser son évolution économique ?
P.P : L'enjeu est de taille car la Chine va poursuivre sa croissance et tirer celle de l'ensemble de la planète. Ce pays est voué à devenir le leader mondial. Ne pas contrôler la croissance pourrait nuire à la cohésion du pays. La Chine a besoin de cette croissance mais en la stabilisant, afin de préserver ses relations internationales et évoluer jusqu'à devenir totalement une économie de marché. Pékin doit légèrement freiner cette croissance et mieux la répartir.
Aujourd'hui, l'économie mondiale dépend beaucoup de la Chine et de sa situation économique. Avant, on regardait surtout ce qu'il se passait à la bourse de New York, dorénavant c'est lorsque la bourse de Shanghai vacille que le monde tremble. Concernant les causes de cette surchauffe, il faut se tourner vers la récente histoire du pays.
En 1949, il est parti de rien ou presque. Pékin a tout fait pour favoriser sa croissance, et disposait d'un grand potentiel, d'autant plus que tout était à construire. Par conséquent, en s'ouvrant au monde, la Chine est devenue un énorme marché, avec une grosse demande de consommation et d'investissements, ce qui provoque des risques d'emballement. La Chine est aujourd'hui un pays développé mais toujours en développement, qui plus est rapide. La croissance est positive car elle produit des richesses, mais elle implique aussi des changements de société et des besoins plus grands, comme celui de la protection de l'environnement. D'où le besoin de la canaliser pour assurer la stabilité du pays.
TLC : La position chinoise dans la crise du Darfour lui a attiré de nombreuses critiques. Selon vous, pourquoi Pékin réchigne tant à faire pression sur le régime de Khartoum quitte à ternir son image ?
P.P : La Chine comme tout état a une Histoire. La Chine s'améliore sur de nombreux points, mais certains partenariats contractés auparavant ne lui sont peut être pas favorables. Chaque pays a ses problématiques et besoins en matières premières, ce qui explique parfois leurs positions. La diplomatie chinoise a néanmoins permis d'obtenir un accord récent entre le Soudan, l'ONU et l'Union Africaine. La politique internationale est complexe et ses enjeux sont importants. Par exemple, il n'est pas judicieux de mélanger les Jeux Olympiques et la politique comme cela a été fait par certains. Dans les concessions faites par le Soudan, la Chine a sûrement joué un rôle comme elle l'avait fait sur le dossier nucléaire coréen.
Les Jeux Olympiques approchent à grands pas, comment les imaginez-vous ?
Je crois que les JO 2008 s'annoncent grandioses. La Chine accueille pour la première fois une manifestation sportive internationale de cette ampleur. Elle n'était pas forcément préparée à cela il y a plusieurs années. Ces jeux sont un pari, l'enjeu est de montrer une autre image de la Chine. L'enjeu est au delà du sport, l'enjeu est géopolitique... Les Chinois veulent réussir des Jeux exemplaires. L'enthousiasme dans la population est réel et croissant. Avoir les JO chez eux est déjà un rêve qui s'est accompli. D'autres évènements devraient suivre dans cette Chine très active.
Merci au Docteur Pierre Picquart d'avoir répondu à nos questions, et merci à vous tous d'avoir lu cet entretien. A bientôt pour de nouvelles interviews d'experts et d'acteurs du monde chinois sur Toute la Chine.
Nicolas Jucha
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