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Rencontre avec Eric Meyer, 20 ans de journalisme en Chine (interview exclusive)
Journaliste accrédité en Chine depuis deux décennies, Eric Meyer, aussi écrivain, est sans conteste l'un des plus grands connaisseurs de l'Empire du milieu. Il a accepté de répondre aux questions de Toute la Chine.
09/04/2007


Eric Meyer



Diplômé de la Sorbonne, Eric Meyer a commencé dans la pratique du journalisme à Bruxelles. Depuis 1987, il s'est installé en Chine où il travaille comme correspondant pour différents médias francophone tels Ouest France, France Inter...

Largement reconnu comme expert de l'Empire du milieu, Eric Meyer tient régulièrement des conférences et séminaires sur l'économie et la situation socio-politique en Chine.

Collaborateur de notre partenaire Le Vent de la Chine depuis 1996, monsieur Meyer a aimablement accepté de partager de sa connaissance et de son expérience avec les lecteurs de Toute la Chine via une interview exclusive.

Bonjour monsieur Meyer, pouvez-vous vous présentez aux lecteurs de Toute la Chine ?

Bonjour à tous ! Je suis un homme qui suis parti pour la Chine à l'âge de 37 ans, avec une valise, 5000 dollars et un aller simple, pour l'amour d'un concept plus que d'un pays, le dépassement de soi. Juste avant de partir, afin de faciliter les visas, avec ma compagne Brigitte, française comme moi, nous nous étions mariés. Depuis, je travaille, voyage, écris, prononce des conférences. Ni riche, ni célèbre, mais simplement reconnu, et heureux de la vie que nous avons choisie : une vie riche, simple, autonome et différente.

Depuis 1987, vous exercez votre métier de journaliste en Chine. Qu'est-ce qui vous a poussé à tenter l'aventure dans l'Empire du milieu ?

L'idée d'aventure, celle de vivre une vie moins protégée, moins en concurrence, d'une oeuvre à faire sur un terrain plus vierge. L'idée d'un défi intellectuel aussi, à se trouver aux antipodes de sa culture latine et judéo chrétienne, dans une culture chinoise et confucéenne. J'ai voulu créer en moi puis redonner aux autres un lien nécessaire, une vision moyenne entre ces deux univers culturels, "poles plus et moins" ou "yin et yang" de l'humanité entière.

20 ans après, vous êtes toujours en Chine, dont vous êtes incontestablement devenu un expert. Seriez-vous tombé amoureux de ce pays ?

Oui et non. Etre amoureux de la Chine est toujours suspect, forcément, car ce pays n'est pas libre, et car il semble consentir à ne pas l'être. Il y a donc tout un tas de choses que je déteste en ce pays, et que nous tous devons détester sans complexe - ne serait-ce que parce que ses habitants le haïssent aussi. Comme le manque de respect des puissants envers les petits, ou des citadins entre eux (ce problème semble moins violent à la campagne, où la culture antique subsite plus, via les traditions, les chenyus etc. Les paysans sont peut être moins "décérébrés" ou privés de leur passé par l'entreprise maoïste ; la campagne chinoise garde toujours la convivialité et l'hospitalité).

Il faut détester aussi l'absence de transparence, et même la démission intellectuelle chez la plupart. Et même (mais tout cela est en fait la même chose) l'esprit confus, l'absence de clarté dans la formulation des êtres, qui expriment trois choses à la fois et par la bande, afin d'éviter d'être pris en flagrant délit d'individualisme, de pensée autonome. Comptons aussi l'indifférence face au bien commun et la rapacité et l'irresponsabilité des cadres.

Mais tous ces défauts semblent bien être des résidus de stalinisme, et sont rachetés par les qualités immenses de ce peuple. Telle la gaité spontanée. Le goût du partage. Le refus du misérabilisme. L'humilité et la capacité de se satisfaire de peu. L'espoir toujours. Le refus indomptable de s'avouer vaincu - la capacité de toujours rebondir. Et le pragmatisme, pour sucer les os de passage et en faire de la vie. Une ethnie très combative, je dirais, et forgée par les épreuves.

Avez-vous rencontré, par moment, des soucis d'adaptation ou des périodes difficiles dûes à une méconnaissance de l'univers chinois ?

Cela n'a jamais cessé d'arrriver. Je mords la poussière, chaque fois que je perds patience, et me mets en colère, faute d'avoir mal évalué une situation et attendu plus qu'elle ne me pouvait donner. Les Chinois conservent, après 20 ans sur place, le potentiel de me désarçonner. En temps réel, au volant de ma vie chinoise, l'examen empirique des situations, l'expérience ne suffit pas toujours pour me prémunir d'un risque caché, ou simplement pour comprendre : il faudrait des thèses qui n'existent sans doute pas, des études, des explications à partir de sciences fondamentales (ethnologie, linguistique) pour mieux les suivre.

Exemple : quand je plaide une situation ou me plains de quelque chose, on m'écoute toujours jusqu'au bout, quelque soit l'aspect fort, et inacceptable pour eux de ce que j'avance. Et souvent, j'obtiens quelque chose. Mais à la fin, on m'oppose une thèse "finale" : tout se passe comme si, à l'avance, on intégrait dans le discours chinois une place virtuelle pour l'étranger. Et pourtant, le résultat final semble quand même un dialogue de sourds, et une décision faite sur nous, à l'avance, sans nous...

Qu'elles sont les principaux bénéfices pour vous, de rester aussi longtemps dans ce pays ?

Vous êtes vous déjà vus en France comme Marocain ou Gabonais, fondu mais toujours repérable dans une société qui n'est pas la vôtre et avec des valeurs étrangères ? Regardé de tous, isolé, travailleur immigré. Le bénéfice de tel exercice est salutaire : de culture dominante, vous devenez particule élémentaire isolée, sollicitée, interpellée.

Votre bateau, au départ, est trop chargé et vous savez que vous ne pourrez pas tout garder à bord, qu'il faudra basculer des choses par dessus bord. La beauté, c'est çà : avoir le droit, avoir le temps de savoir qu'est ce qu'on va jeter, et qu'est ce qu'on va remplacer par des choses chinoises. Et je ne parle pas que de choses matérielles. A la fin du jour, on découvre que l'humanité, la notre et la leur, sont fondamentalement compatibles.

Mais il faut noter que tous ces gains ont aussi leur handicap. Exemple : si vous voulez rentrer chez vous, ce que je voudrais faire un jour, comment expliquer que telle manière de penser française, très obsolète et peu pratique, comporte en Chine un équivalent 10 fois plus léger et élégant ?

De même, un souci que j'ai rencontré en ce pays, est le risque de perdre à la longue ses contacts : au bout du monde, personne ne vous défend. Or, le vent tourne toujours, à un moment ou à un autre et alors, si l'on n'a pas de soutien "là-bas" en France, on est mal.

A suivre demain, la seconde partie de l'interview d'Eric Meyer, qui nous parlera de la vie de journaliste en Chine et des grandes évolutions, selon lui, de la société chinoise depuis 20 ans...

Lire la suite de l'interview


Nicolas Jucha

   




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